Le théâtre au XVIIIe siècle 

Avant-propos:

le siècle de Lumières

 

 

Marivaux:

Marivaux et la comédie psychologique

le thème de l'amour chez Marivaux

le marivaudage

Les fausses confidences

Le jeu de l'amour et du hasard

 

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais:

Beaumarchais et le drame bourgeois

Le babier de Séville

Le mariage de Figaro

  -  "Beaumarchais, l'insolent", le film   

 

Avant-propos:  le siècle des Lumières

(au nom de la raison et de la vérité)

 

 

 

Salon de Madame Geoffrin, toile de Gabriel Lemonnier,  in Itinéraires littéraires

Au XVIIe siècle, les contemporains de Molière voient le monde comme un univers éternel et statique dont l'homme peut avoir une vision définitive.  La théologie reflète cette conception du monde et donne ainsi au pouvoir monarchique toute sa légitimité puisque ce pouvoir relève directement de Dieu.  Les bons rois et les tyrans sont donc considérés comme étant nécessaires à l'économie du monde et au maintien de l'ordre.  Toute révolte face au pouvoir établi est alors jugée impie. Au contraire, l'homme des Lumières prend conscience de sa force et de sa liberté.  Il se considère l'artisan de son propre bonheur, un bonheur devenu possible et accessible grâce au progrès de la science et de ses promesses.  Se sentant responsable de son destin, il veut limiter les effets de l'absolutisme et du fanatisme.

Les grandes idées des *Lumières (*écrivains et philosophes qui ont éclairé le siècle), telles la lutte contre la censure et la torture ainsi que la notion même de liberté et de démocratie se sont développées et ont pris forme au XVIIIe siècle.  Et ces idées, nous devons les défendre encore aujourd'hui.

Les auteurs comme Voltaire, Diderot, Montesquieu, et les dramaturges comme Beaumarchais ont utilisé la littérature et le théâtre pour critiquer les conditions sociales de leur époque.

 

Pierre Carlet de Champlain de Marivaux

 

 

 

Portrait de Marivaux 

Source:  Alpha encyclopédie

 

Marivaux et la comédie psychologique

Très inspiré par la commedia dell'arte, Marivaux écrit des comédies: d'abord pour le Théâtre-Italien à Paris (où jouaient les comédiens italiens), théâtre dont il devient l'auteur attitré; et pour la Comédie-Française, à la fin de sa vie.  Les thèmes que traite Marivaux dans ses pièces sont essentiellement ceux de l'amour et de la hiérarchie sociale.  Il s'interroge sur les différences entre classes et sur la pertinence des conventions sociales, les remettant ainsi en question et se demande,  par exemple, quelles sont les raisons qui empêchent un noble et une paysanne de s'aimer.  Afin de contourner les conventions et de se jouer d'elles, ses personnages se travestissent, subterfuge qui permet de découvrir la vraie nature de l'amour ou de l'amoureux.  Ses personnages se déguisent donc pour emprunter une personnalité ou un rang social autre que le leur, comme dans La double inconstance et Le jeu de l'amour et du hasard, qui mettent en scène Arlequin, un personnage emprunté à la commedia dell'arte.

 

 

 

Comédiens italiens, tableaux de Watteau, in Itinéraires littéraires

 

Le thème de l'amour chez Marivaux

Chez lui, l'obstacle à l'amour n'est ni extérieur, comme chez Molière, ni insurmontable, comme chez Racine.  À cause de préjugés issus des différences sociales, de quiproquos et de questions d'amour-propre, les jeunes héros refusent de reconnaître qu'ils sont amoureux.  Après les détours qu'impose l'orgueil, le dénouement est heureux, comme dans toute comédie, et la pièce se termine par le triomphe de l'amour.

 

 

Éditions Maxi-poche  Classiques français

 

Le théâtre de Marivaux explore les ressources d'un comique parfois grinçant, né du jeu de mots. Il s'élève contre les misères du peuple et celles où sont maintenus les protestants;  il montre l'indifférence des princes, la souffrance des enfants, des femmes, des vieilles gens;  il dénonce un monde mené exclusivement par l'argent.  Il est souvent considéré en ce sens comme le père du théâtre moderne.

Marivaux s'éloigne aussi des règles classiques et, au lieu de s'enchaîner à la tradition comme le font la plupart de ses contemporains, il repense son théâtre, en analysant ce qui caractérise le théâtre italien, à savoir:  le déguisement et le jeu de masques.  Ses acteurs échangent, comme ci-haut mentionné,  leurs costumes,  leurs personnages, leur rôle social, leur identité, leur langage, ces transformations permettant  toujours à l'amour de triompher.

 

  Le marivaudage

On retrouve dans les oeuvres de Marivaux une extrême subtilité de langage.  Dans ses pièces, les maîtres ont le langage des salons, tandis que les valets font renaître la préciosité ridicule.  Mais ce que la critique littéraire a appelé le marivaudage n'est jamais une affectation.  Les pièces de Marivaux ne diffèrent que par la nature de l'obstacle  qui sépare les deux jeunes gens et par leur manière de le franchir, grâce au marivaudage:  un manège de galanterie délicate et recherchée.

 

 

 

Les fausses confidences, jouée en 1988, dans une mise en scène de Charlotte Boisjoli, avec Louise Marleau et Robert Toupin

Source:  Le Théâtre du Rideau Vert  Cinquante ans à célébrer le théâtre

 

 

 

Le jeu de l'amour et du hasard à la Comédie-Française en 1965.

Source:  Alpha Encyclopédie

Le jeu de l'amour et du hasard, interprétation de la Comédie-Française.

Source:  Alpha encyclopédie

 

 

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais

 

 

 

Beaumarchais par Nattier

Source:  Lagarde et Michard

 

Beaumarchais et le drame bourgeois

La vie de Beaumarchais est un véritable roman d'aventures (ce que le film de Edward Molinari réussit à très bien illustrer).   Issu d'une famille modeste d'horlogers, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais  sera tout à tour horloger de génie, trafiquant d'esclaves et de sucre, espion royal pour Louis XV et pour Louis XVI, éditeur des oeuvres complètes de Voltaire, grand amateur de femmes et de plaisirs. Financier habile, il se rend même en Amérique afin d'aider financièrement les Américains dans leur lutte pour l'indépendance.  Cet homme est animé par deux passions:   le goût de l'intrigue et le désir d'ascension sociale et d'argent.

Il vient de manière curieuse à la littérature:  impliqué dans de nombreux procès, il rédige avec talent des "Mémoires à consulter", mais aussi des pamphlets, des drames, des opéras.

Pour contrer les pratiques douteuses de la Comédie-Française, il crée, en 1777, la Société des auteurs dramatiques, qui encore aujourd'hui administre les droits de représentation des dramaturges français.

Il doit sa célébrité à deux comédies:  Le barbier de Séville (1775) et Le mariage de Figaro (1784).  Plusieurs personnages dont Figaro, le comte Almaviva et la Comtesse sont communs aux deux pièces.

 

La portée de son oeuvre

Dans la préface au Mariage de Figaro, Beaumarchais écrit que le but de l'auteur est d'amuser en instruisant.  Comme ses amis philosophes, il défend le drame bourgeois et crée une nouvelle forme de satire sociale en faisant "la critique d'une foule d'abus qui désolent la société".  Il a formulé certaines idées neuves du siècle.  En effet,  Figaro (qui est en quelque sorte l'alter ego de Beaumarchais) fait l'éloge du mérite personnel, s'élève contre les privilèges dus à la naissance (noblesse) et s'indigne, par exemple,  du droit de cuissage (Féod.  droit du seigneur de passer la première nuit de noces avec la nouvelle mariée).  Quant à Marceline, elle dénonce la dépendance féodale où sont maintenues les femmes.  Les nombreux abus de la justice y sont aussi ridiculisés.  On rit plus qu'on ne pleure dans le théâtre de Beaumarchais, mais sa pièce la plus achevée, Le Mariage de Figaro, a aussi retenu la leçon du drame.  Mêlant le comique et le sérieux, le réalisme et la fantaisie, la société et l'individu dans sa quotidienneté, le verbe, la musique (puisque "tout finit par des chansons") et le geste, elle est ce spectacle total qui efface les frontières et les règles que la tradition avait imposées.

 

Le barbier de Séville

 

 

Le barbier de Séville, une édition de 1776 (en haut)

 

 

La maison de campagne de l'auteur (en bas)

 

Source:  Le barbier de Séville Cahier théâtre du TNM, mars 1999.

 

 

 

Le barbier de Séville a été interdit par la censure en 1774.  Représentée d'abord dans une version en cinq actes, la pièce connaît d'abord un échec, mais Beaumarchais s'étant "mis en quatre"(actes) entre le vendredi et le dimanche,  la comédie triomphe deux jours plus tard!

Voyez à propos de cette expression l'article du "Boréal Express" reproduit ci-dessous.

 

 

 

 

 

C'est par son style que Beaumarchais fait oeuvre  vraiment moderne, en renouvelant le comique à la scène.  Ses contemporains le considèrent d'ailleurs comme "le fils de Molière", car il renoue avec la tradition  moliéresque (en créant par exemple un type, Figaro) en alliant à cette tradition le ton léger de la plaisanterie.  Les répliques de ses pièces sont vives, percutantes, mais n'excluent pas le monologue passionné, dont le plus célèbre reste celui de Figaro, dans Le mariage de Figaro (Acte V, scène III).  Ces monologues font des personnages, souvent très typés, des êtres profonds, vivants ou émouvants.    Figaro a hérité des valets de comédie, mais il ne se contente pas d'être une doublure plus ou moins brillante de son maître, il vit une vie autonome, passionnée, qui fait de lui le héros de la pièce.

 

 

Beaumarchais échoue dans sa tentative de faire de sa pièce Le barbier de Séville, un opéra.  Mais d'autres réussiront après lui et  celui de Rossini, créé en 1816 au Teatro Argentino de Rome, est sans conteste le plus célèbre.

Ici P. Charbonneau et C. Corbeil dans Il barbieri di Siviglia, à l'Opéra de Montréal en 1984.

Source:  Le barbier de Séville Cahier théâtre du TNM.

 

Le mariage de Figaro

 

Beaumarchais atteint le sommet de sa carrière avec Le mariage de Figaro.  Le tout Paris en a parlé  pendant quatre ans.  En effet, elle avait été soumise successivement à six censeurs sans parler de Louis XVI qui l'avait jugée "détestable et injouable".  En 1783, une représentation est prévue à Versailles, mais est interdite au dernier moment:  la pièce est jouée sur un théâtre privé.  Or, la longue résistance du roi ne fait que renforcer la portée satirique de la pièce qui dénonce les privilèges de l'aristocratie.

Le 27 avril 1784, la pièce est finalement jouée et  c'est un véritable triomphe qui s'étend à toute l'Europe.  Mozart s'en inspirera d'ailleurs pour créer son célèbre opéra Les noces de Figaro.  Ressentie comme un défi à l'autorité royale,  la pièce vaut à Beaumarchais un autre séjour en prison (Beaumarchais y ayant plus d'une fois séjourné), mais il en ressort vainqueur.  Le roi Louis XVI (qui, ironie du sort, mourra guillotiné) accepte même que sa première pièce, Le barbier de Séville, soit jouée à Versailles par les princes, avec Marie-Antoinette dans le rôle de Rosine.  Avec ses pièces, Beaumarchais posait, comme les philosophes avant lui, de nouveaux jalons qui devaient mener à la Révolution française de 1789.

 

 

 

Le mariage de Figaro, coproduit avec le Théâtre français du Centre national des Arts, dans une mise en scène de Guillermo de Andrea au Théâtre du Rideau Vert, en mars 1998.

Source:  Le Théâtre du Rideau Vert  Cinquante ans à célébrer le théâtre

 

Beaumarchais l'insolent,   le film

 

 

 

Beaumarchais l'insolent

 

Splendeur et misère d'un 

libre penseur

 

Un film d' Edward Molinaro avec Fabrice Luchini

 

Sources:   Anthologie de la littérature française

                Itinéraires littéraires.  Hélène SABBAH et al.  (Hatier)

                Le théâtre.  Marie-Claude HUBERT

                XVIIIe siècle.  André LAGARDE et Laurent MICHARD